Je suis Charlie

Écrire un éditorial, ce n’est pas seulement commenter, éclairer, mettre en perspective, donner du sens ou du style. C’est aussi – et surtout – se révolter.

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Faut-il attendre que la liberté soit en deuil pour s’extirper enfin de ce journalisme de confort qui anesthésie la majeure partie de notre profession ? Au delà de l’horreur, au delà de notre tristesse et de notre colère légitime, le massacre de nos confrères de Charlie Hebdo, s’il a réveillé nos consciences de la plus douloureuse des façons, a aussi mis en lumière nos silences coupables, nos petites lâchetés et nos discrètes complaisances. Que l’on en appelle à Voltaire, à Victor Hugo, à Zola ou à un quelconque autre père fondateur de nos valeurs laïques et républicaines n’y changera rien. Nous avons failli. L’internationale des salauds, avec sa cohorte de dogmes, d’obscurantismes et d’exactions commises au nom de toutes les religions a tué Cabu, l’enchanteur de mon enfance. Ces barbares sans foi ni loi ont assassiné Charb, Tignous, Wolinski et tous les autres, tous ceux qui étaient l’honneur de notre métier, les ultimes défenseurs, bravaches et indomptables, du droit imprescriptible des peuples à l’humour, à la caricature, à l’insolence.

Je suis Charlie

Plus qu’un hebdomadaire satirique, c’est le pluralisme, la démocratie, notre capacité à vivre ensemble dans nos différences qui ont été bafoués. C’est l’esprit critique et le pouvoir de contredire, de s’opposer, de refuser, que l’on a voulu nous confisquer. Peut-être parce que nous avons oublié depuis trop longtemps combien ils sont précieux, combien ils réclament de l’engagement, du courage, de l’indépendance. Autant de vertus cultivées par Charlie. Eux qui ont toujours pourfendu les princes et leurs laquais doivent bien se marrer aujourd’hui en observant l’agitation des politicards de tous bords, des journaflics, des culs-bénits œcuméniques et des crypto-fachos. Le meilleur hommage que nous puissions leur rendre est de rigoler avec eux. Car c’est ça, aussi, être Charlie.

Stéphane FÉLIX

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