Cinquante nuances de Grey by Stéphane

Un peu planplan, beaucoup cucul, l’adaptation à l’écran de « Cinquante nuances de Grey » a la chair triste, y compris pour celles qui ont lu tous les livres de cette trilogie ménagère.

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Pouvait-on s’attendre à plus savoureusement incorrect ou légèrement plus pimenté ? Hélas, non, sauf à être d’une candeur d’enfant sage. La romance d’E.L. James, au parfum de scandale au goût du jour, c’est-à-dire évanescent quand on l’aimerait sulfureux, avait fixé les codes et circonscrit les fantasmes dans quelques lieux communs parés de cuirs et de guipures. Hollywood ne pouvait faire une diabolique inconvenance de cette gentille douceur qui excite tout au plus le bout de la langue et ne dérange en rien le monde bien ordonné d’un début de XXIe siècle moins polisson que policé. Bien peu de chose, au fond, au regard d’une longue histoire leste des arts et de la littérature, qui ont produit des œuvres cent fois plus perverses et suggestives que ce sex-seller saturnien.

Exquises esquilles

Sade, bien sûr. Pétrone, très longtemps avant lui. Apollinaire, dont les outrances et la luxuriante obscénité des mots ont ouvert la voie à une pornographie du cubisme. Ronsard et cette rose à peine éclose, invitation au baiser préférée des professeurs de français de notre adolescence ingénue. De Nabokov, de ses tentations balthusiennes, des délicates variations de Gainsbourg autour de Melody Nelson avant qu’il ne sombre dans la vulgarité de son double Gainsbarre, de la chanson, de la poésie, ont jailli autant d’exquises esquilles pour de moindres éclats. Savamment orchestré par un marketing habile, l’érotisme à la papa-maman d’aujourd’hui sonne plus fort, même s’il semble plus creux. Paradoxe d’une société ultra-libérale et soi-disant libérée, où tout se dit, où tout se montre, où tout se sait, mais qui a gommé le sens du mot libertaire, jusqu’à l’asepsie.

Stéphane FÉLIX – Journaliste

Édito du 16 février 2015Info magazineBlog des journalistes

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