Hello Printemps

0hellospringC’est un souffle, un soupir, une caresse fragile. Au ciel de mars, comme un spoutnik, il ondoie. Insaisissable et aérien, il ose à peine se prénommer printemps.

De la torpeur des banquises, s’extirper. Laisser, une dernière fois, l’hiver mordre la main qui l’a cajolé. Abandonner ses écharpes de brume à la Vienne. Oter un gant et oser, à main nue, dans la chevelure du temps s’aventurer. De boucles en volutes, faire en sorte que la nuit se consume, pluie de soleil et nuages de cendres, descendre quelques marches quand d’autres montent quelques degrés. Puis, sans regret ni nostalgie, attendre l’équinoxe, là où les ombres se changent en jour, en écoutant la si douce mélodie martienne charmer les arbres, les airs, l’humus sous les pas, d’une toute petite voix. Comme autant d’averses de rêves, des giboulées de confetti pleuvent sur la ville, en un tourbillon chamarré : laissant les masques à Venise et à Rio la samba, Limoges danse à perdre haleine, porcelaine du ciel et émail des dents des enfants, aux cœurs comme autant de petits ballons.

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Magnolias for Prévert

Un peu plus loin, impassibles et riant du coin de l’œil de cet exotisme de pacotille, de très vieilles pierres au granit usé par le vent frémissent, imperceptiblement. Plantés au centre d’un parallèle nord, ces monolithes se dorent aux premiers rayons, la lande à leurs pieds caressée par la respiration de la terre. Avant qu’avril ne vienne, mars libère le petit peuple des herbes autant que les gosses qui sommeillent en nous. Ce sont eux qui, perdant la raison, vont à la rencontre de l’ancienne école, sa cour aux marronniers, le ciné, les quais aux longues usines abandonnées, les lieux de jadis redevenus familiers. Car le temps file, s’enfuit et passe, mais au calendrier de nos sens, c’est toujours le printemps qui commence, le début de l’adolescence d’une année aux mille promesses, une chanson de Prévert à l’envers pour que refleurissent les magnolias, une nouvelle fois.

By Stéphane FÉLIX – Journaliste

Édito du  9 mars 2015Info magazineBlog des journalistes

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La terre est bleue comme une orange

Et si une poignée de mots, lisses, cartésiens, sans double sens, suffisait à tout comprendre, tout expliquer, tout partager ?

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Les zèbres ne porteraient plus ces drôles de pyjamas à rayures qu’ils dézipent en secret lorsque l’ébène de la nuit protège leur pudeur. La terre serait ronde, oubliant qu’elle fut bleue comme une orange. Une étoile resterait à jamais un soleil d’ailleurs, elle qui est le diamant et l’ivoire, l’accroc dans la toile du ciel, le trou de souris par lequel on observe les rêves. La lune, un satellite de rocs et de poussière : nulle fusée, fendant les nues, n’aurait l’audace d’aller lui taper dans l’œil, laissant Cyrano et Méliès stupidement ancrés dans l’attraction du réel. La mer serait salée, mais les larmes, les baisers, les grandes vagues des draps froissés d’ébats et de solitudes, l’odeur de l’averse sur la ville, les embruns d’un chagrin qui s’abrite sous un parapluie, son chant des baleines et le goût de la mélancolie ?

Désir désordre

Pour un oui, pour un non, mais plus pour un peut-être : on scellerait la mort des points de suspension. Condamnées, les acrobaties du silence. Au marbre, l’apesanteur d’une attente, les soupirs, les respirations fragiles d’une virgule suspendue à un rien. De plomb, d’ordre et de calme, les paroles ne diraient plus l’essentiel : la tempête, les naufrages, les récifs contre lesquels on s’assomme pour se relever aussitôt, ivre de colère, de bonheur ou de vie, la flèche de piment d’une langue posée sur les immenses tumultes d’un cœur, sa sauvagerie d’enfant sage, ses lames de sabre affilées, leurs félines morsures, l’onguent des sierras, des déserts et du vent. Parler pour ne rien dire, se taire à tort et surtout de travers : est-ce notre faute, notre très grande faute d’orthographe, si nous préférons croire en l’improbable, en la magie, au pouvoir occulte de nos désirs en désordre ? Même s’ils ne riment à rien, ils sonnent comme autant d’espoirs ou d’illusions de liberté.

By Stéphane FÉLIX – Journaliste

Édito du  2 mars 2015Info magazineBlog des journalistes