Ne dites pas à ma grand-mère que je suis journaliste..

Ne dites pas à ma grand-mère que je suis journaliste : elle croit que je suis un doux rêveur vaguement idéaliste, contre la pensée policée.

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L’actualité est un gigantesque hypermarché, stocks périssables et buzz en têtes de gondoles, alimenté par une usine à feu continu qui fabrique des biens de consommation courante, distribués 24h/24. Impossible d’échapper à cette grande vague d’encre, d’images et de sons, dont le flux et le reflux inonde la planète à la vitesse d’un clic de souris, pour finalement se résumer à peu de choses : des mots clefs, du contenu Google friendly, quelques liens hypertexte. Et, entre les lignes, pour meubler tout ce vide, du bruit. Beaucoup de bruit. Pour rien. Telle est, sans doute, la dernière grande illusion d’un monde que l’on croit en mouvement perpétuel alors qu’il tend vers l’ultime standardisation : l’apogée d’une civilisation où les mêmes produits, la même nourriture, les mêmes normes, les mêmes codes et la même information, consommés par tous, participent à l’uniformisation des goûts.

Novlangue

« Nous sommes des enfants de la France. Nous nous endormons devant la télé en attendant ce qui ne vient pas. Et ce qui ne vient pas, c’est à nous de l’amener » : bravade post-punk ou clin d’œil subtil à George Orwell, c’est ainsi qu’en 1984 – belle année ! -, le chanteur Daniel Darc, dandy déglingue habitué à scander l’ennui de toute une génération, anticipait l’anesthésie générale des consciences, le confort du désœuvrement et la paresse intellectuelle qui menaçait si nul n’y prenait garde. A commencer par ceux qui, réputés prescripteurs et leaders d’influence, devraient donner du sens, apporter de la différence et éviter les lieux communs pour s’aventurer hors champ, à contre-courant du message unique, vecteur de la pensée unique, dispensé pour des êtres humains standards. Au lieu de se complaire dans une stratégie de la simplification, de la facilité et du conformisme, qui enfouit l’underground sous la masse pour écrire un peu plus chaque jour l’actualité en novlangue.

Édito de Stéphane FÉLIX du 20 avril  2015Info magazineBlog des journalistes

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« îles »… était une fois.

Il est bel et bien fini, le temps des colonies, ces vacances à la papa au doux parfum de Front Popu, quand Oléron semblait une île du bout du monde.

urlCe sont deux sœurs si proches et que tout sépare. Un peu d’océan, le Pertuis d’Antioche. Leur histoire, leur culture et leurs belles-familles recomposées autour du tourisme, surtout. Ré, l’aristocrate, la tropézienne atlantique, a fait un beau mariage d’argent. Suffisamment pour préserver la quiétude de ses saisons feutrées. Oléron la prolo voit quant à elle sa joyeuse et envahissante tribu migrer vers ses plages, depuis qu’elle s’est pacsée avec les congés payés. Dès le début des années 1930, quelques pionniers du coopératisme ont exploré la grande île, afin d’y implanter des colonies de vacances pour la jeunesse ouvrière. A La Giboire et à Saint-Trojan, c’était Saint-Junien-sur-Mer et Limoges-Océan. Des villégiatures collectives so far away, que l’on rejoignait en chantant, au gré du tangage de la route, du dandinement du fer et du roulis du bac, du temps d’avant le pont. L’ouverture du viaduc, en 1966, au cœur de l’essor et de la démocratisation du tourisme, a rapproché les Limousins du Château de leur mère, puis l’abolition du péage, en 1992, a fait tomber les ultimes privilèges. Que souhaiterait rétablir la majorité des élus oléronais.


Tourisme choisi


Cette éco-taxe, censée protéger les milieux naturels de l’île, fragilisés par la surpopulation estivale et les baigneurs à la journée, accusés par certains de ne pas consommer mais de polluer, ressemble autant à une forme de sélection par l’argent qu’à un déni identitaire. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le tourisme so-cial et populaire a façonné l’île, il y a créé des richesses et a été l’un des principaux vecteurs de son développement. S’enfermer dans une stratégie de privatisation de l’espace public, en méprisant la population des jambon-beurre, des demi-fraise et des diabolo-menthe, ne résoudra pas les problèmes d’Oléron. Pas plus que ce nouvel octroi ne lui permettra de se hisser au niveau de standing de l’île de Ré, réputée colonie à bourgeois. Car il est bel et bien fini, le temps des colonies…

Édito de Stéphane FÉLIX du 13 avril  2015Info magazineBlog des journalistes