« îles »… était une fois.

Il est bel et bien fini, le temps des colonies, ces vacances à la papa au doux parfum de Front Popu, quand Oléron semblait une île du bout du monde.

urlCe sont deux sœurs si proches et que tout sépare. Un peu d’océan, le Pertuis d’Antioche. Leur histoire, leur culture et leurs belles-familles recomposées autour du tourisme, surtout. Ré, l’aristocrate, la tropézienne atlantique, a fait un beau mariage d’argent. Suffisamment pour préserver la quiétude de ses saisons feutrées. Oléron la prolo voit quant à elle sa joyeuse et envahissante tribu migrer vers ses plages, depuis qu’elle s’est pacsée avec les congés payés. Dès le début des années 1930, quelques pionniers du coopératisme ont exploré la grande île, afin d’y implanter des colonies de vacances pour la jeunesse ouvrière. A La Giboire et à Saint-Trojan, c’était Saint-Junien-sur-Mer et Limoges-Océan. Des villégiatures collectives so far away, que l’on rejoignait en chantant, au gré du tangage de la route, du dandinement du fer et du roulis du bac, du temps d’avant le pont. L’ouverture du viaduc, en 1966, au cœur de l’essor et de la démocratisation du tourisme, a rapproché les Limousins du Château de leur mère, puis l’abolition du péage, en 1992, a fait tomber les ultimes privilèges. Que souhaiterait rétablir la majorité des élus oléronais.


Tourisme choisi


Cette éco-taxe, censée protéger les milieux naturels de l’île, fragilisés par la surpopulation estivale et les baigneurs à la journée, accusés par certains de ne pas consommer mais de polluer, ressemble autant à une forme de sélection par l’argent qu’à un déni identitaire. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le tourisme so-cial et populaire a façonné l’île, il y a créé des richesses et a été l’un des principaux vecteurs de son développement. S’enfermer dans une stratégie de privatisation de l’espace public, en méprisant la population des jambon-beurre, des demi-fraise et des diabolo-menthe, ne résoudra pas les problèmes d’Oléron. Pas plus que ce nouvel octroi ne lui permettra de se hisser au niveau de standing de l’île de Ré, réputée colonie à bourgeois. Car il est bel et bien fini, le temps des colonies…

Édito de Stéphane FÉLIX du 13 avril  2015Info magazineBlog des journalistes

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Lire à Limoges by Stéphane

Lire à Limoges va entrouvrir ses pages. Des auteurs viendront y glisser leurs mots. D’autres, leurs silences. De ceux qui résonnent, déraisonnent et donnent du sens à ce qui n’est pas encore écrit.

Écrire, c’est user d’une arme aiguisée, c’est un cri et un combat, un simulacre de crime parfait adouci au velours de l’encre, c’est l’éternel triomphe de l’esprit sur la force brute, l’insaisissable flèche des polémistes, des pamphlétaires, des éditorialistes. Et le venin des lâches, qui sont parfois les mêmes. Ceux qui observent et qui expliquent, au microscope de leurs hauteurs de vues, le monde comme il va, comme il ne va pas et comme il devrait aller, les engagés de l’arrière, aux barricades de papier, les avant-gardes de la prise de risque – parce qu’écrire, c’est risqué : et c’est au fil de la plume qu’une réputation se fait ou se défait. D’apparences et d’illusions brodé, écrire, c’est l’art paresseux de ceux qui se couchent tard, cette obsession textuelle de l’avoir, du grand fracas des verres d’une soirée VIP, le verbatim à la mode, le froissement de l’ego, des robes et des pages.

Zéro de conduite

Le courage d’écrire et d’agir de concert ne court plus guère les rues depuis que les utopies sont passées de mode, délavées, rétrécies : roulez, tambours d’un romantisme sans fifre, sans panache et sans nostalgie ! Écrire, c’est être réaliste. Et fi de la part de rêve et du grain de folie. Et pourtant, s’il est vrai que rien n’est jamais écrit, l’espérance nous est permise, à condition de la prendre sans attendre quelque permission. Contre la tiédeur emportée et la rage polie, signons une charte de mauvaise conduite. Zéro pointé à l’infini. Laissons passer sous le pont de nos silences ce qui en nous demeure d’élégance, de belles nuits, de rêves en dentelles, de diaphanes blessures guéries au miel d’un mot sous la lune. Un peu de rien, un soupçon de poésie, guère plus qu’un souffle, enfantin comme l’art de se taire, pour qu’enfin, de la matière, de la chair, du tonnerre, quelque chose de vrai, émerge, jaillisse et s’impose comme une évidence : écrire, c’est exister.

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By Stéphane FÉLIX – Journaliste

Édito du 7 avril  2015Info magazineBlog des journalistes